Visant à décrire les différentes formes d’anthropophagie de nos sociétés urbaines contemporaines, cet ouvrage donne à comprendre comment ce phénomène, marqué par des rituels millénaires de sacrifice et d’incorporation, a pris la forme capitalistique d’une société autophage mortifère dans laquelle tout se consomme et s’engloutit vis-à-vis d’une barbarie destructrice qui se transforme en une esthétique de fragilité et de disparition. Nous assistons aujourd’hui à une résurgence notoire de l’anthropophagie qui est désormais tolérée sous toutes ses formes. Notre société dite « évoluée » ne cesse de se dévorer elle-même et de dévorer l’autre désiré jusqu’à sa destruction intégrale. Cette forme archaïque réapparaît dans nos pratiques contemporaines sous différents aspects, interrogeant la fabrique et le devenir de la ville. À l’interface entre horreur et merveille, la ville qui demeure « désirée » et « désirante » se positionne entre une multiplicité de centres et de périphéries invisibles et hypervisibles, entre le « non-lieu » et l’ « hyper- urbain » ; le temps de la post-ville qui a été étalée, morcelée et découpée en morceaux.
Entre l’archaïque et l’émergence d’une modernité hypertechnologique, la ville va se définir comme un organisme en dissolution / formation : « ville générique », « ville monde », « méga ville », « ville globale », « cyber-ville », « survilles », « villes augmentées », « villes post-humaines », « ville hypertechnicisées », « villes automatisées », « villes réactives ».
Dans cette pensée du devenir de la ville, un regard urbain va s’adresser à l’autre, à la périphérie et au-delà, dans un véritable enjeu de notre contemporanéité, interrogeant l’« humanisation » des villes qui évoluent vers une irréversibilité inquiétante. Cette démesure autodestructrice est aussi celle d’une économie psychique narcissique de jouissance et de mort. Entre sacré et profane, étrangeté et monstruosité, amour et incorporation, les différentes métamorphoses étudiées nous parlent d’une part obscure des sociétés humaines et des existences.
L’ensemble se trouve en forte résonnance aujourd’hui avec l’hypothèse Anthropocène, qui désigne un nouvel âge de la Terre caractérisé par l’impact des activités humaines, ces grandes dévoreuses de vie.Sont ainsi analysés les changements qui affectent l’individu et les transformations du monde, en même temps que sont explicités des reprises et commencements dans un parcours conviant à itinérer dans différentes strates qui s’entrelacent :
Désir – Goût – Dégoût – Sacrifice : Une destruction esthétisée, une barbarie positive
Limites – Passages – Méta-stases : Ville pliée, ville dilatée. Pour un « habiter » illimitrophique
Altérité et unicité : Le cannibalisme culturel : vers un tournant esthétique
Ville musée – Ville cimetière – Ville hôpital : Vers une éthique de l’in-habiter ?
Ville augmentée : De la fabrique du monstrueux et de l’hétéromorphose
Traces – Ruines – Vestiges – Pardon : D’une pensée de l’apparition à une pensée ontologique de la disparition
Fragilités : Quand la ville devient pharmacologique













