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Chercheur

Xavier Bonnaud

Architecte, Docteur en Urbanisme, HDR en Architecture, Professeur TPCAU, Directeur du Gerphau
Architecture, Philosophie, Urbanisme
Xavier Bonnaud est architecte, docteur en urbanisme et professeur d’architecture à l’école Nationale Supérieure d’Architecture de Paris-La-Villette. Il a soutenu une Habilitation à Diriger les Recherches en Architecture sur la notion d’expérience architecturale et co-dirige le laboratoire GERPHAU (Groupe d’Etudes et de Recherches Philosophie, Architecture, Urbain, E.A 7486). Il a enseigné pendant une dizaine d’année l’urbanisme à l’École Polytechnique Paris. Xavier Bonnaud est aussi architecte associé au sein de l’agence d’architecture et d’études urbaines MESOSTUDIO.

Présentation

Ses recherches actuelles se construisent à l’interface de l‘architecture et de la philosophie : elles visent à mettre en évidence la place centrale de l’architecture (dans sa culture, la pensée qu’elle instaure et les innovations qu’elle propose) au sein du paradigme environnemental qui se structure lentement au xxi e siècle. Elles abordent plus particulièrement trois domaines de l’architecture et de la fabrique des territoires

– L’évolution des cultures de conception : les nouvelles vulnérabilités de l’Anthropocène appellent un approfondissement du cadre éthique de la pratique de l’architecture, ainsi que des réflexions disciplinaires et pédagogiques quant à la transmission de la conception.

– Les conditions de réceptions de l’architecture : d’une attention au vécu banal et quotidien dans le cadre bâti aux expériences corporelles et sensibles de nos milieux habités, émergent des connaissances incarnées et situées qui renouvellent les manières de penser l’habitation

– Des questionnements sur l’acte de bâtir : au regard de la puissance et des possibles qu’offrent la maturité scientifique et technique du secteur, d’autres manières de prescrire, d’assembler de construire émergent, économes, frugales, locales, parfois même plus conviviales, qu’il convient de mieux comprendre et aussi parfois d’encourager.

Il ne s’agit pas seulement de produire les connaissances de repérage de l’actuel contexte de crise, mais intervenant à la croisée entre théorie et pratique, de déployer toutes les richesses d’une pensée en projet, dans un esprit de prospective et un goût pour les expérimentations concrètes. Les savoirs ainsi formulés, parce qu’ils s’ancrent dans plusieurs modes d’existences et plusieurs types de raisons, sont autant d’outils permettant d’éclairer la complexité, la fragilité et les interdépendances constitutives de notre contemporain. Ces proximités entre connaissances théoriques et critiques, et compétences de transformation contribuent à mieux documenter ce que l’architecture oeut apporter à la société comme à ses habitants.

Xavier Bonnaud mène, entre autres, ses recherches au sein de différents réseaux européens (Le réseau ARENA, (Architectural Research European Network Association http://www.arena-architecture.eu/), l’ IGAP (Intenationale Gesellschaft für Architektur und Philosophie, https://www.archiphil.org/index.php/fr/) et le GrUE (Groupe sur l’urbanisme Ecologique, https://ite.sorbonne-universite.fr/urbanisme-ecologique)

 

Chapitres d’ouvrages scientifiques

– Des formes et des flux, et si l’architecture tissait les rythmes de la nature, du vivant, de l’humain, p. 133-149, in Julian Jachmann, Petra Lohmann, Aurélie Névot (sous la direction de), Weg und Erkenntnis, Verlag der Universität Siegen, 2025

– « Faces aux risques naturels, engager d’autres imaginaires de l’installation », in Xavier Bonnaud, Eric Daniel-Lacombe, Chris Younès, Faire face aux risques – architecture et philosophie, In Folio, 2023.

– Avec Philippe Clergeau, « Ce que l’écologie fait à l’urbanisme », in Réinventer la ville avec l’écologie, Frottements interdisciplinaires, Groupe sur l’urbanisme écologique, Ed Apogée, 2022

– « L’archaïque en architecture : ouverture au pluriel des ontologies », p. 255-261, in Stéphane Bonzani, (sous la direction de), L’archaïque aujourd’hui, architecture et philosophie, Metispress, 2020

– « La gestion adaptative comme outil de paysage durable », in Urbanisme et Biodiversité, sous la direction de Philippe Clergeau, Editions Apogée, 2020

– « Synergic effects as practical generosity in architecture », Mhairi Mc Viocar (under the direction of), Architecture and generosity, Publisher, Cardiff, 2022

– « L’odeur du monde construit : essai d’exploration architecturale », in Xavier Bonnaud, Victor Fraigneau, (sous la direction de), Nouveaux territoires de l’expérience olfactive, In Folio, 2020

– Construire l’Europe par le bas, c’est possible », p.90-91, in Chris Younès et Alain Maugard (sous la direction de), Villes et architecture en débat, Europan, Parenthèses, 2019

– « La gestion adaptative comme outils des paysages urbains durables », p.268-272, In Philippe Clergeau (sous la direction de), Urbanisme et biodiversité, Edition Apogée, 2019

– “L’expérience de l’architecture et son potentiel d’ancrage existentiel, in Céline Bodart et Chris Younes, Au tournant de l’expérience, Hermann éd 2018,

– « Un nouvel âge de l‘architecture à l’ère de l’Anthropocène ? », in Céline Bodart et Chris Younes, Encore l’architecture, encore la philosophie, Hermann ed., 2016,)

 

Articles dans des revues avec comité de lecture non répertoriées

– « Nous avons trois ans pour bifurquer, in Objectif Grand Paris, à paraitre 2nd trim 2023

– « Face aux risques naturels, de nouvelles urbanités », in O.C, revue en ligne, juillet 2021,

– « Entretenir l’habitabilité du monde », in bulletin n° 57, Société Française d’Architecture, 2021

– « Architecture et philosophie en synergie, Connaître, Transformer, Éprouver », in Le Philotope, n°14, 2020

– « La gestion adaptative comme outils des paysages urbains durables », 66-69, avec Philippe Clergeau, in Traits Urbains, 2019

– Construire au contact du risque : vers de nouvelles relations entre édifices, aménagements urbains et milieux. in Le Philotope n°11, sept. 2015

– « Rester en lien avec l’Ouvert, réflexions à partir des écrits d’Henri Maldiney », in L’esprit des villes, p.85-94, In Folio, 2014

 

Articles dans des revues internationales ou nationales avec comité de lecture répertoriés

– « Visiter et approfondir nos liens aux lieux et aux milieux, un exercice d’autobiographie environnementale », in Éducation permanente n° 237, 2024

– « Confinement en ville : pourquoi l’accès à la nature est tout simplement vital » in THE CONVERSATION Média généraliste en ligne, avec Serge Muller (MNHN); Dorothée Marchand (UPEC); Emeline Bailly (UPEC); Jean-Noël Consales (AMU); Philippe Clergeau, (MNHN) et Xavier Bonnaud, ENSAPLV et École polytechnique, 30 avril 2020

– « L’expérience architecturale », in Les cahiers de la recherche architecturale et urbaine, octobre 2012

 

Directions d’ouvrages ou de revues

– Le Philotope n°11 2014-2015 : « Bâtir au contact du risque », sous la direction de Xavier Bonnaud et d’Eric Daniel-Lacombe

– Xavier Bonnaud et Chris Younès, Perception Architecture Urbain, éd. Infolio, Février 2014

 

Ouvrages scientifiques

– De la ville au technocosme, Éditions de l’Atalante, Nantes, 2006

 

Productions artistiques théorisées

– Xavier Bonnaud & Agence MESOSTUDIO, Les Bulbes Fertiles, installation aux jardins du château de Chaumont-sur-Loire dans le cadre du XXe Festival international des jardins, thème : La biodiversité heureuse, avril à sept. 2012.

– Xavier Bonnaud & Agence MESOSTUDIO, Plaisirs d’habiter la banlieue, exposition d’architecture, déc. 2012, Maison de la vie associative, Fontenay-sous-Bois.

Travaux

De la maison, de l’ « être jeté » au dehors et du retour, l’homme habitant la terre participe au même drame originel : les « manières d’apparaître » et les « manières de disparaître » relèvent d’une existentialité, celle d’un devenir-humain et d’un devenir-monde. 

De la maison ronde creusée dans le sol, jusqu’au logement comme forme historiquement tardive de l’habitation, le mode d’existence fondamental de l’homme sur la terre est celui de demeurer sous un toit comme principe essentiel de l’habiter où il y a encore possibilité de se blottir dans une intimité propre. « N’habite avec intensité que celui qui a su se blottir » écrit Bachelard dans La poétique de lespace pour insister sur l’importance d’espace plié vers le dedans qui ne cesse de se déplier et se replier vers l’infini révélant le concept de l’enveloppant-enveloppé. 

C’est le schéma raciner (naître) – dé-raciner (partir) – dé-placer (risque, danger) – en-raciner (revenir) qui articule l’homme à la terre qu’il habite selon un certain rythme de déchirures intimes et douloureuses. Ce moment entre naissance/re-naissance est traversé par une « déhiscence » envers des limites-ouvertures qui s’articulent dans une fusion ontologique entre l’homme, l’habitation humaine et le milieu sur laquelle surgissent des lointains possibles et désirables. Dans cet arrachement à la maison, dans l’inquiétant dehors, à l’épreuve du fragile, l’homme habitant la terre ouvre dans la continuité de l’habiter à un prendre soin des vulnérabilités partagées dans sa ville inquiète : pardon difficile, promesse fragile et deuil impossible.

Dans un contexte de transition écologique, marqué par la nécessité de densifier la ville tout en maîtrisant les coûts de production, l’habitat collectif se trouve pris dans un nœud gordien entre rentabilité économique et recherche de qualité d’usage (Hertzberger and Biétry, 2010). Cette tension produit une architecture souvent standardisée, aux typologies figées, dont les marges de manœuvre pour répondre à la diversité des modes de vie et la mutation des usages contemporains sont de plus en plus restreintes (Pinson, 2007).

La pandémie de Covid 19 a permis de mettre en lumière le potentiel des espaces intermédiaires comme support d’une diversité d’usages, compensant la perte des fondements de l’habiter (Moley, 2006). Cet entre-deux apparait ainsi comme l’outil de résistance permettant de réguler l’équilibre entre sobriété foncière et qualité d’usages de l’habitat. La pluralité des noms qui lui sont attribués (entre-deux, espaces interstitiels, espaces de transition, espaces tampons, ou encore seuils, limites, sas…) montre la difficulté à appréhender ce dispositif spatial pourtant essentiel à la qualité des espaces qu’il met en relation (Arzoumanian et al., 2024).

On pourrait ainsi se demander face à la standardisation de la production de l’habitat collectif et à la sobriété foncière imposée par les logiques de rentabilité, comment les architectes mobilisent-ils les espaces intermédiaires pour répondre aux enjeux de qualité de l’habiter ? Dans quelles mesures ces dispositifs spatiaux participent-ils à un déplacement idéologique de la notion d’habiter vers une posture relationnaliste, fondée sur les liens entre habitants et avec le vivant, dans un contexte de densité urbaine et de transition écologique ?

Cette recherche contribue à élargir la réflexion disciplinaire sur le logement collectif en mettant en avant le rôle structurant des espaces intermédiaires comme vecteurs d’un habiter relationnel. Elle interroge la manière dont l’architecture peut, dans un contexte contraint, reconfigurer les proximités, renforcer le lien au vivant et ouvrir des perspectives pour un paradigme spatial plus en lien avec les milieux vivants (Guattari, 2018).

Ce travail souhaite mettre en lumière une idéologie architecturale contemporaine de l’habiter qui fait des enjeux environnementaux non pas des contraintes subies, mais des leviers en faveur d’une amélioration de la qualité de l’habitat, fondée sur la relation et la notion de collectif (Paquot et al., 2007).

Si ces ambitions ont été régulièrement formulées depuis le début du XXᵉ siècle, elles se sont souvent heurtées à la dissolution opérationnelle d’une vision véritablement collective de l’habitat dense. La recherche tentera d’éclairer les dynamiques conceptuelles et idéologiques qui, dans le cadre des contraintes réglementaires, normatives et économiques actuelles, permettent de formuler une réponse spatiale apte à structurer des relations de proximité spécifiques à la situation de l’habitat collectif.

Sans viser un modèle prescriptif, cette thèse entend dégager les prémices d’une réflexion élargie sur la production de l’habitat collectif et sur l’évolution de nos villes, dans un contexte qui impose la transformation des modèles hérités.

Si l’on nomme Synergie, l’interopérabilité active entre éléments différents et son potentiel de création en termes de niveau d’organisation, regardons dans trois domaines de l’architecture (ses connaissances, ses savoir-faire, sa réception), ce que sa rencontre avec la philosophie met en effervescence. Pour la philosophie l’observation symétrique prend aussi sens : en quoi l’architecture, sa concrétude, ses compétences d’assemblage et de composition, les relations d’échelles qu’elle instaure, permet à la philosophie des énoncés et des champs de pratiques spécifiques.
Commençons toutefois par mentionner deux écueils symétriques qu’il convient d’éviter. D’une part, celui de l’instrumentalisation de la philosophie par l’architecture, qui consiste pour cette dernière, à puiser dans l’histoire des idées quelques éléments de langage pour habiller de manière surfaite des postures de projet. D’autre par l’écueil de l’intimidation de l’architecture par la philosophie, qui ne ferait que reproduite ce vieux refrain, commode, mais ô combien stérile, de la soi-disant nécessaire séparation et domination de la pratique par la théorie.

Toutefois l’intrication des compétences des chercheurs dépasse ce que nomme habituellement une rencontre interdisciplinaire, ce qui nous pousse à mettre ici au travail le potentiel de synergie entre ces deux disciplines. Nous mènerons cette enquête en commençant par mettre en évidence la dynamique de co-fabrication de connaissances entre architecture et philosophie. Ensuite nous regardons du côté de la gestation de nouveaux outils et pratiques d’invention, puis terminerons en détaillant quelques nouvelles modalités et expériences de réception.

In this paper, we propose to investigate generosity, not as a quality detached from its field of practice but as the result of the synergic effects that stand at the core of architecture.

We will present a detail analysis of these synergy effects at different places or levels or scales in the design and reception processes, to express how, under certain circumstances, some new elements arise and how they can be received as gifts emerging of precise links architecture make possible under certain circumstances that we will clarify, in conclusion.

These reflections will help us to consider, more seriously, the responsibility of architecture and the abilities it still offered to engage restorations processes as we entered a global destabilised era on Earth called Anthropocene. They help us to reconsider at which level and for which ecological, social and political impacts, we should or shouldn’t transform radically inhabited milieus. Facing such tasks, architectural knowledge could provide us with moderation in order to engage more synergic and cooperative interplays among living creatures, reconsidering the déjà-la potential of our planet and the cultural and democratic constructions we have already initiate.

Depuis 30 ans, trois évolutions importantes ont participé à la transformation du monde, modifiant la réalité sociale, les modes de vie des populations et les formes urbaines. L’intensification de la mondialisation sous la domination du néolibéralisme, la naissance puis la diffusion dans tous les lieux et au contact de chacun de technologies numériques et d’outils informatiques, enfin la reconnaissance des responsabilités humaines sur les dérèglements environnementaux, et l’émergence de la notion d’Anthropocène.

Ces trois évènements ont évidemment influencé les pensées et pratiques de l’architecture, mais aussi son rôle dans les sociétés et plus largement ce que l’on attend d’elle.

S’il convient de prendre la mesure de cette dégradation de l’habitabilité humaine de la planète, sans doute est-ce pour initier des projets qui se fondent sur des modes de pensée et d’action bien différents que ceux qui ont produit cette détérioration, car les dynamiques de destruction et de co-génération des milieux ne sont simplement pas réversibles : elles ne sont pas de même nature.

D’où la nécessité d’enquêter sur les spécificités d’une architecture adaptée aux temps menaçants de l’Anthropocène.

Les relations que notre société entretient à la matière terrestre sont exagérément paradoxales, à la fois expertes scientifiquement et en même temps éminemment inconsistantes lorsqu’il s’agit d’apprécier à leur juste valeur la richesse des agencements matériels de notre assise environnementale. Nous nous proposons donc d’exposer quelques réflexions que l’architecture permet d’énoncer quant à ce substrat matériel du monde, avec l’idée qu’elles puissent contribuer à l’évolution de nos modes de vie et de nos cultures d’installation.
L’architecture, qui depuis son origine offre, par nombreuses de ces réalisations, des expériences ineffables d’accords avec le monde alentour dans ce qu’il a de plus tangible, l’architecture donc, se trouve en première ligne pour s’inquiéter de cette perte de culture du concret, de l’affadissement de la saveur de ce qu’habiter veut dire, voire des menaces de dévitalisation que peuvent engendrer ces pratiques de détachement du monde physique.
Il s’agira donc de mettre en lumière, de plusieurs manières, l’importance de ce qui joue avec la matière, dans nos environnements construits comme dans notre relation avec des lieux plus « naturels ». Quelques pistes seront explorées.

Comment faire ? Sans doute commencer par dresser la liste de ce qui nous épuise, de ce que l’on ne peut et ne veut plus faire, par incapacité éthique, par colère, parce que l’on sent profondément que de tels chemins ne mènent nulle part.
– ne plus construire à tout va, par principe, pour alimenter la demande de croissance des industries du BTP ou l’exigence de rentabilité à court terme des promoteurs,
– ne plus artificialiser par habitude, ne plus répandre cette marée urbaine triste, générique, conforme, hors de son lit, en absence de toute relation au vivant des sols et des écosystèmes, aux horizons ouverts du ciel et la nature.
Ensuite, …les choses se compliquent un peu.

Mais si on laisse derrière nous, autant cet attrait infantile envers de grands projets inutiles que des sirènes inquiétantes de la smart city, l’art de l’installation que propose l’architecture s’affirme alors résolument du côté des choses légères ……

Très souvent, c’est par une expérience de répulsion que l’odeur de la ville nous apparait. Les conditions de promiscuité, d’enfermement, de confinement, condensent jusqu’à les rendre déplaisants les effluents et pollutions de nos quotidiens urbains. Toutefois au-delà de ces confrontations passagères et du désintérêt qui peut alors se construire pour l’odeur de la ville, le champ de l’olfaction est en pleine effervescence. On observe en effet, ces dernières années, l’émergence de nouvelles connaissances, de nouveaux possibles qui se déploient au carrefour de l’art, de l’hygiène, de la psychologie, de la veille sanitaire, du marketing, de la philosophie, de l’architecture.
Cet article tentera de clarifier comment peuvent, en architecture, se mettre au travail les données et la sensibilité propre au domaine de l’olfaction. Nous commencerons par mettre en avant quelques éléments de compréhension du phénomène de la réception olfactive, puis réfléchirons ensuite à la place qu’il est possible d’accorder à ces données dans nos cultures de conceptions architecturales et urbaines.
Alors que se déploient, actuellement, de nouvelles plages esthétiques multi-sensorielles, revendiquant un champ expérientiel élargi, plus intensif, plus englobant peut être aussi plus envahissant, y a-t-il des questions à se poser, des précautions à partager avant de se lancer, en architecture, dans une mise en projet olfactif des lieux ?

Depuis ses premiers assemblages, la ville a renforcé la part de ce que l’homme construit (artefact) face à l’ensemble des données préexistantes et/ou étrangères à son emprise (la nature). Sous l’impulsion de la maîtrise technique occidentale, l’aspiration à la transformation, à la création, à la nouveauté, mais aussi les enjeux de rivalité ont accordé une place toujours plus importante au « fabriqué par l’homme ». Formidablement outillés, nous habitons désormais dans ce que nous avons construit. Nous découvrons avec étonnement et enthousiasme, mais aussi avec doutes et embarras ces nouvelles manières d’aménager les territoires et d’installer nos vies. Tout cela se fait à partir d’un gradient d’artificialité et de technicité sans antécédent, qui en constitue le vecteur principal et qui en modèle, en conséquence, puissamment la structure, les contours et le devenir. De sorte qu’après être passé de la ville à l’urbain, nous transitons aujourd’hui du monde urbain vers un technocosme : c’est cette transition que nous allons mettre en relief et interroger dans cet essai.

ISBN: 9782841724000

1912, il y a 100 ans, l’Europe des Nations avançait vers la guerre mondiale, le Titanic coulait. Les avant-gardes étaient en ébullition, l’art moderne s’inventait, les sciences et techniques s’engageaient dans la puissance, l’urbanisme n’en finissait pas de découvrir l’explosion urbaine : ce début de siècle, tendu vers l’avenir, fier de son progrès et confiant de lui-même, se préparait à incarner dans une architecture nouvelle et au style inédit, la société machiniste qui se mettait alors en mouvement.
Cent ans plus tard, quel est l’enjeu architectural du nouveau siècle qui débute ?
Aujourd’hui, nous faisons jeu égal avec les ordres de grandeur avec la planète et sommes responsables de notre installation sur celle-ci : ses matériaux, ses édifices, la gestion des ressources naturelles locales et les défis d’ensemble tel que le réchauffement climatique sont de notre ressort : l’architecture représente une pratique emblématique d’un tel contexte historique, comme pensée et art de l’installation, liée à une nouvelle philosophie de l’aménagement.

Un jour de noce avec la monde

Géométrie, mesure du monde La Découverte - 2005

Plus qu‘à la mesure impartiale des objets qu’une certaine géométrie utilise pour intervenir sur l’espace, nous nous intéresserons dans les pages qui suivent, à la mesure de notre relation aux lieux. Nous retournerons pour cela au contact de la lumière méditerranéenne, non pas celle qui baigne le Parthénon et procure à Le Corbusier l’émerveillement de ses volumes sous la lumière, mais celle d’Alger où Albert Camus passe son enfance entre la pauvreté de ses conditions d’existence et l’éclat de la ville et de son rivage.
Par sa manière de “ mordre dans le fruit doré du monde”, l’auteur de L’étranger nous fait sentir qu’une part de l’aventure de notre espèce n’est pas dépendante d’une médiation technique. Il nous permet de lire en creux ces formes d’appauvrissement de la vie sensible que nous risquons à vouloir coûte que coûte opérationnaliser le réel. Son émerveillement, la fragilité dont il sait faire preuve face aux saveurs de la terre et de la mer d’Alger nous incite à ne pas plus désincarner le monde vécu, à ne pas le transformer sans un minimum de précaution, en une techno-cité globale où nos corps se découvriraient étrangers, et dont la géométrie trop abstraite ne prendrait pas la mesure de dimensions ontologiques dégradées.

Qu’il s’agisse d’une promenade dans la nature, de la rencontre de paysages urbains ou encore d’une visite architecturale, nous sommes irrémédiablement immergés, de tous cotés, de toutes parts, en tous sens. La présence des lieux émerge globalement, et nous allons suivre le fil de cette immersion architecturale pour détailler la variété et la richesse des interfaces sensorielles qui se déploient, fussent-elles énigmatiques et parfois incongrues.
Partons pour cela à la rencontre d’œuvres architecturales qui perturbent nos habitudes mais fonctionnent comme des révélateurs, donnant à nos corps la sensibilité de sismographes et rendant ainsi perceptibles des qualités du réel que nous ne sentirions peut être pas autrement. Essayons de mettre en avant d’autres états de réception, d’autres sensations, qui apparaissent peut-être floues mais de manières suffisamment tenaces et reproductibles. Observons les palettes sensorielles que proposent ces architectures pour élargir nos capacités à sentir puis à évaluer les lieux qui nous entourent.

En Occident, la vision a infiltré les habitudes de perception, de pensée et d’action de la civilisation occidentale, instituant petit à petit un « paradigme occulocentré », une interprétation de la connaissance, de la vérité, de la réalité dominée par la vision.  Mais depuis quelques décennies émergent en différents endroits l’idée que notre relation à l’environnement se fonde sur une assise plus large et qu’il convient d’en interroger les contours. Cette nouvelle sensibilité irrigue de nombreuses productions architecturales, urbaines et paysagères contemporaines. Nous découvrirons sur quelles thématiques s’instaurent ces relations plus engageantes avec l’environnement construit. On a le sentiment que de nouvelles exigences aux milieux environnants émergent, outrepassant la simple appréciation par le regard et donnant plus d‘importance a tout ce qui dans la relation à l’environnent se tient à coté du visuel et du langage.

Cette conscience accrue aux questions environnementales passe nous le verrons par une acuité sensorielle et perceptive renouvelée, qui permette, espérons-le, de mettre en cohérence ce que l’on sait, ce que l’on sent et ce que l’on fait de la fragilité de notre installation terrestre en ce début de XXI siècle.

ISBN: 9782884747257

Parce que la maîtrise technique est un savoir et une habileté qui libère un immense potentiel de transformation, elle influence considérablement notre compétence d’édifier. Ainsi, bien au-delà des modifications stylistiques, l’urbanisation contemporaine procède, sous cette influence, à une recomposition approfondie de nos conditions d’existence.
Il se propage, depuis l’Occident de la fin du Moyen Age, un modèle territorial qui reconfigure le monde ambiant à partir d’un gradient accru de technicité. Chaque évolution urbaine engageant une ingénierie technique, sociale et instrumentale plus sophistiquée et plus inclusive.
L’urbanisation mondiale des territoires et des mœurs déploie cette logique à l’échelle de la planète, engendrant pour tous de nouvelles expériences sensorielles et perceptives, cristallisant des représentations et des imaginaires nouveaux, mettant en question notre devenir urbain de manière insolite.Nous avons donc voulu étudier la technicisation de nos conditions d’ environnement.

D’un côté, on observe une mondialisation assise sur des performances opératoires étendues qui viennent soutenir et démultiplier notre capacité de construction. Elles permettent l’appareillage de l’humanité et la possibilité d’accéder rapidement à un stade raffiné de son organisation, de son évolution, de son épanouissement.
D’un autre coté, on observe de nouvelles conditions de milieux, mécanisées, surrationalisées. Elles ont de multiples effets qui, conjugués, présentent un risque d’emballement technoscientifique de l’urbain et la création d’un technocosme qui ouvre alors plus une mutation anthropotechnique artificielle qu’un projet de civilisation articulé autour d’une urbanité désirée et démocratiquement construite.

D’où ce terme de techno-cité comme interrogation d’un modèle urbain en gestation et participation à son chantier théorique.
D’où cette recherche pour étudier les conditions d’un devenir urbain soutenable, équilibré entre une opérativité technique désormais surpuissante et un désir de cité de nos jours malmené.

La notion d’expérience engage une double investigation : d’une part une enquête sur les modalités contemporaines de l’expérience au regard de l’apport spécifique de l’architecture, d’autre part une occasion de développement des savoirs de la discipline à partir des conditions concrètes de sa réception.
Il s’agit d’un point de vue philosophique :
– d’approfondir le compagnonnage engagé avec la philosophie dans la tradition de l’investigation des espaces habités entreprise par la phénoménologie, afin de détailler les modalités d’expériences souvent paradoxales qu’offre le monde contemporains,
– d’ouvrir un espace de réflexion intermédiaire entre la culture disciplinaire de l’architecture et une interrogation plus transdisciplinaire sur les relations homme-environnement,
– de cultiver une approche concrète du monde, un sens du réel qui se méfie du purement conceptuel, de l’abstrait, du trop construit, mais vise à cultiver un étonnement devant le monde, l’expression d’une qualité, avec le souci de l’entremêlement extrêmement subtil du corps et du monde,
– de reconnaître autour de cette notion d’expérience qu’il est aujourd’hui impossible de philosopher abstraitement et que le singulier est de fait notre mode d’accès à l’universel.
Et d’un point de vue architectural :
– de mettre en place une approche incarnée et engagée de l’architecture, ouvrant un dialogue entre cultures de conception et cultures de réception, entre architecture reçue et architecture conçue,
– depuis la variété des expériences rencontrées, d’accueillir la diversité des pratiques, des cultures, des doctrines, des théories qui constituent le foisonnement de la production architecturale,
– d’approfondir une activité de recherche en architecture ancrée au plus près possible du vécu que procure l’architecture, et d’enquêter sur les potentialités cognitives qu’elle porte.
– de mettre en avant combien la richesse spécifique de l’architecture réside dans la multi dimensionnalité de sa présence, dans les différents régimes de vérité qu’elle tisse, dans la variété des modes d’existence qu’elle procure, obligeant à entremêler plusieurs types de raison.

Cet article propose une promenade documentée, qui nous conduira, non pas dans la subjectivité de l’expérience, mais dans les paramètres physiques qui traversent l’englobant et l’englobé, qui sont commun à ce qui environne et ce qui est environné, comme le partage d’une conformation commune. Nous partons donc à la découverte de certaines caractéristiques physiques de notre environnement. Sans doute moins remarquables à première vue que les océans, les montagnes ou les grands phénomènes climatiques, nous allons voir comment des lois physiques participent de manière déterminante à la structuration des formes et des organismes que nous sommes comme de celles qui nous entourent.

L’expérience architecturale

Les cahiers de la recherche architecturale et urbaine - 2012

Interroger l’expérience architecturale permet de mettre en évidence une des spécificités de l’architecture, sa puissance de modélisation, avec la richesse multidimensionnelle des situations qu’elle offre. Cette notion constitue le fil conducteur d’un faisceau de données et d’interrogations qui, un peu au‑delà d’une attitude de recherche assise sur la stricte dissociation mécaniste, oblige à penser la complexité de l’entremêlement entre le chercheur et la connaissance qu’il s’attache à mettre en relief.

Depuis que Walter Benjamin mentionnait dans son article « Expérience et pauvreté », la possibilité d’une pauvreté en expérience, ce terme n’a cessé de gagner en popularité. Il est aujourd’hui omniprésent. On ne vend plus des voitures, mais une expérience de conduite, on ne présente plus les attraits touristiques ou patrimoniaux d’une ville mais on propose des expériences culturelles et conviviales, on n’invite plus à venir faire ses courses dans tel ou tel magasin mais à partager une expérience shopping et même les visites au musée se doivent désormais d’être des expériences d’immersions interactives au contact des œuvres.
Conscient de cet état de fait, nous essaierons de tracer quelques chemins de traverse à partir de l’architecture. Il s’agit donc de dépasser l’agressivité et la nocivité des tels dispositifs et de conforter l’apport de l’architecture et son souci de relations épanouissantes au monde bâti, alors qu’une puissance de construction sans antécédent historique modèle de manière de plus en plus intensive nos univers quotidiens.