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Chercheur

Joseph Nasr

Architecte DPLG / Docteur en philosophie / Enseignant-chercheur — Camondo, ICP, UTC. Professeur — USEK
Anthropophagie de la ville, Philosophie de l'habiter, Fragilité des milieux, Destruction esthétisée de la ville, Éthique de l’habiter à l’ère de l’Anthropocène, Fragilité urbaine et disparition
Joseph Nasr est architecte DPLG et docteur en philosophie.
 Après des études à Paris, à l’interface entre l’architecture et la philosophie, il développe expériences académiques et pédagogiques, articulée autour du projet architectural et de ses théories. Professeur et ancien chef du département d’architecture à l’USEK, membre-chercheur du GERPHAU depuis 2013, ses recherches explorent les liens profonds entre architecture et philosophie, deux disciplines en osmose et à la genèse de notre "savoir habiter" et de notre "être à l’espace". Auteur de plusieurs publications, il est engagé dans des thématiques de recherche portant sur les conditions de notre habiter, en interrogeant une ouverture du projet qui engage une attitude éthique et permet une possible réinvention des pratiques architecturales et philosophiques. Sa réflexion s’inscrit dans une approche phénoménologique de l’architecture, questionnant le devenir de notre environnement dans une perspective qui concilie nos "responsabilités" pour un "habiter autrement" et un "(a)ménager autrement" nos milieux habités. Ses principaux axes de recherches : la ruine, l'habiter, la disparition, la fragilité, l’anthropophagie de l’architecture et de la ville. Installé au Liban entre 2009 et 2022, il y a mené une activité d’enseignement et de responsabilités académiques dans le champ du projet architectural et de ses théories.
Basé à Paris depuis août 2022, il occupe différents postes d’enseignement dans plusieurs universités françaises. Il a été qualifié en 2023 par le CNECEA au titre de maître de conférences et en 2024 par le CNECEA au titre de Professeur.

Présentation

Sélection de publications :

2026 _ Anthropophagie de la ville, Barbarie et esthétique de la destruction : la ville à l’épreuve d’une nouvelle géographie anthropophagique contemporaine. Préface par Chris Younès, éd. Harmattan, 268 p.

2024 _ Habiter, in-habiter, in Penser la connectivité de l’espace méditerranéen, éd. effigi, coll. « la recherche en actes »

2023 _ « L’impardonnable déchirement : entre ré-inventer et dés-inventer » in Faire face aux risques. Architecture & philosophie, éd. infolio, 2023, pp. 151-166.

2022 _ L’impossible demeure dans le cadre d’une exposition de photographie : Est-ce là que l’on habitait ?

2020 _  « De l’impardonnable, de la résilience et de l’impossible deuil » in 1989, hors-champ de l’architecture officielle:des petits mondes au grand liban, éd. laboratoire acs, ensa Paris Malaquais, 2020, pp. 75-88.

2019 _ « La mort du concept » in Nasr Joseph (dir.), Recherches et enseignements de projet, mutations et émergences, éd. pusek, 2019, pp. 51-58.

2018 – «Beyrouth:expériencedebarbarie.Esthétique de fragilité», in L’enracinement ou la force du juste, (acte de colloque), éd. pusek, 2018, pp. 151-166.

2017 _ « Beyrouth l’anthropophage » in Nasr Joseph (dir.), Beyrouth Signes, symboles, mémoires d’une métamorphose, éd. pusek, 2017, pp. 285-296.

2011 _ Le Rien en architecture et l’architecture du Rien, éd.Harmattan, 2011, 314 p.

Travaux

Visant à décrire les différentes formes d’anthropophagie de nos sociétés urbaines contemporaines, cet ouvrage donne à comprendre comment ce phénomène, marqué par des rituels millénaires de sacrifice et d’incorporation, a pris la forme capitalistique d’une société autophage mortifère dans laquelle tout se consomme et s’engloutit vis-à-vis d’une barbarie destructrice qui se transforme en une esthétique de fragilité et de disparition. Nous assistons aujourd’hui à une résurgence notoire de l’anthropophagie qui est désormais tolérée sous toutes ses formes. Notre société dite « évoluée » ne cesse de se dévorer elle-même et de dévorer l’autre désiré jusqu’à sa destruction intégrale. Cette forme archaïque réapparaît dans nos pratiques contemporaines sous différents aspects, interrogeant la fabrique et le devenir de la ville. À l’interface entre horreur et merveille, la ville qui demeure « désirée » et « désirante » se positionne entre une multiplicité de centres et de périphéries invisibles et hypervisibles, entre le « non-lieu » et l’ « hyper- urbain » ; le temps de la post-ville qui a été étalée, morcelée et découpée en morceaux.

Entre l’archaïque et l’émergence d’une modernité hypertechnologique, la ville va se définir comme un organisme en dissolution / formation : « ville générique », « ville monde », « méga ville », « ville globale », « cyber-ville », « survilles », « villes augmentées », « villes post-humaines », « ville hypertechnicisées », « villes automatisées », « villes réactives ».

Dans cette pensée du devenir de la ville, un regard urbain va s’adresser à l’autre, à la périphérie et au-delà, dans un véritable enjeu de notre contemporanéité, interrogeant l’« humanisation » des villes qui évoluent vers une irréversibilité inquiétante. Cette démesure autodestructrice est aussi celle d’une économie psychique narcissique de jouissance et de mort. Entre sacré et profane, étrangeté et monstruosité, amour et incorporation, les différentes métamorphoses étudiées nous parlent d’une part obscure des sociétés humaines et des existences.

L’ensemble se trouve en forte résonnance aujourd’hui avec l’hypothèse Anthropocène, qui désigne un nouvel âge de la Terre caractérisé par l’impact des activités humaines, ces grandes dévoreuses de vie.Sont ainsi analysés les changements qui affectent l’individu et les transformations du monde, en même temps que sont explicités des reprises et commencements dans un parcours conviant à itinérer dans différentes strates qui s’entrelacent :

Désir – Goût – Dégoût – Sacrifice : Une destruction esthétisée, une barbarie positive

Limites – Passages – Méta-stases : Ville pliée, ville dilatée. Pour un « habiter » illimitrophique

Altérité et unicité : Le cannibalisme culturel : vers un tournant esthétique

Ville musée – Ville cimetière – Ville hôpital : Vers une éthique de l’in-habiter ?

Ville augmentée : De la fabrique du monstrueux et de l’hétéromorphose

Traces – Ruines – Vestiges – Pardon : D’une pensée de l’apparition à une pensée ontologique de la disparition

Fragilités : Quand la ville devient pharmacologique

268 pages
ISBN: 978-2-336-51337-9

À travers divers fragments d’une ville, la reconstruction de l’ensemble de l’expérience urbaine devient-elle possible ?

Beyrouth est désormais un objet en perpétuelle fragmentions. Ses fragments se métastasent à l’infini, évoquant une violence et dégageant un champ de force. 

Habiter Beyrouth aujourd’hui, mais dans quelle ville ? Y a-t-il encore un faire-monde possible ? Comment re-évaluer, re-naturer, re-culturer encore un vivre ensemble et notre manière d’être humain grâce aux métamorphoses culturelles en perpétuel mutation ?

Entre construction et destruction, enracinement et déracinement, division et ouverture, la question de l’appartenance à notre ville présente un nouveau paradigme, celui d’une résilience forcée et d’un oubli voulu. Situé entre pardon et promesse, Beyrouth rejoint l’inachevé et le décomposé comme si la fin et le commencement se rejoignaient dans une pensée de l’impermanence, de la dislocation du lieu et de l’hétérotopie du temps de la ruine.

Une forme de fragilité est en train de naître aujourd’hui, qui fera de l’autre ville – celle d’hier et d’un ailleurs – une ville de demain, fabriquant des possibilités d’interpénétrations entre un passé douloureux absent toujours réactivé et un devenir incertain des formes de partages et des récits encore possibles à re-inventer.

De la maison, de l’ « être jeté » au dehors et du retour, l’homme habitant la terre participe au même drame originel : les « manières d’apparaître » et les « manières de disparaître » relèvent d’une existentialité, celle d’un devenir-humain et d’un devenir-monde. 

De la maison ronde creusée dans le sol, jusqu’au logement comme forme historiquement tardive de l’habitation, le mode d’existence fondamental de l’homme sur la terre est celui de demeurer sous un toit comme principe essentiel de l’habiter où il y a encore possibilité de se blottir dans une intimité propre. « N’habite avec intensité que celui qui a su se blottir » écrit Bachelard dans La poétique de lespace pour insister sur l’importance d’espace plié vers le dedans qui ne cesse de se déplier et se replier vers l’infini révélant le concept de l’enveloppant-enveloppé. 

C’est le schéma raciner (naître) – dé-raciner (partir) – dé-placer (risque, danger) – en-raciner (revenir) qui articule l’homme à la terre qu’il habite selon un certain rythme de déchirures intimes et douloureuses. Ce moment entre naissance/re-naissance est traversé par une « déhiscence » envers des limites-ouvertures qui s’articulent dans une fusion ontologique entre l’homme, l’habitation humaine et le milieu sur laquelle surgissent des lointains possibles et désirables. Dans cet arrachement à la maison, dans l’inquiétant dehors, à l’épreuve du fragile, l’homme habitant la terre ouvre dans la continuité de l’habiter à un prendre soin des vulnérabilités partagées dans sa ville inquiète : pardon difficile, promesse fragile et deuil impossible.

L’homme habite la Terre : il a la volonté et le savoir de bâtir, de détruire, de reconstruire ; il est un destructeur créateur. Entre ce qui existe et ce qui n’existe pas, entre quelque chose qui manque et qui ne manque pas, il a la volonté de vouloir :

« vouloir le Rien » et « désirer le Rien ».

Ce Rien est simultanément le « quelque chose » et l’« aucune chose ».

Comment le vouloir, le penser, le réifier ? Il est un Rien substantiel et phénoménal.

Il rend l’existence possible dans un état d’inexistence : ivresse, hasard, souffrance, destruction, étonnement, absence, enfantement, mort. La substantialité et la phénoménalité du Rien lui confèrent le potentiel de l’existence d’un concept constructif. Son but est de faire exister la non-existence : « immatérialisation » du réel, du visible et « matérialisation » de la transparence, de l’invisible.

Ce rapport aborde plusieurs approches cruciales : philosophiques, esthétiques et architecturales. Une ontologie de l’architecture s’ouvre ainsi à l’accueil d’un tremblement de ce Rien. Une osmose entre le Rien, le corps organique et l’architecture se manifeste : l’architecture devient un corps humain à nourrir et le corps humain une architecture à bâtir.

Dans ce Rien, l’homme atteint le paroxysme de l’« esthétisation de la destruction » et de l’« esthétisation de la souffrance ». La destruction fait disparaître pour faire « apparaître la disparition». La présence de la ruine révèle l’absence. La destruction de la ruine permet la présence, son invisibilité rend visible. C’est une volonté de faire apparaître le paraître du disparaître. Cette disparition de la disparition révèle l’« absence de trace » devenue la seule « trace de l’absence ».

314 pages

Qu’est-ce que la Méditerranée et combien de Méditerranées y a-t-il ? Depuis les travaux du pionnier des études méditerranéennes Fernand Braudel, les multiples visages de l’espace méditerranéen ont maintes fois été peints. Considérée par ce dernier comme une « série de péninsules » et un « complexe de mers » qui s’étend entre le désert au Sud et l’Europe au Nord et qui tient une frontière liquide avec l’Atlantique, la Méditerranée forme, dans sa diversité, une unité à la fois physique et humaine.

Bien que le terme de “connectivité” n’y apparaisse pas, il est question de la construction d’un « espace-mouvement », créé à travers des réseaux de routes, d’échanges et de transferts notamment entre les villes, les côtes et les îles méditerranéennes toujours renouvelés.

Selon des modalités spatiales comparables, les historiens Peregrine Horden et Nicholas Purcell introduisent la notion de “connectivité” dans le domaine des études méditerranéennes afin de promouvoir une image de la Méditerranée en tant que réseau de communications. Issu de la théorie mathématique des graphes, le concept de connectivité se trouve donc ici appliqué à la géo-histoire dans l’intention de décrire « l’environnement méditerranéen et […] la manière dont l’humanité interagit avec lui » dans une perspective historique.

Cette vision de réseau de communication implique donc le lieu, le temps et l’humain qui par les circulations et les migrations trace des frontières toujours nouvelles et multiples – réelles et mentales. Car, outre le système de routes concrètes, la notion de connectivité désigne aussi le mode abstrait de circulation de savoir et d’échange culturel à l’intérieur du bassin méditerranéen.

De ce point de vue, il s’agit d’une figure de pensée exprimant également les concepts de transfert et de médiation culturels basés sur la circulation d’objets, de pratiques, d’héritages, de discours, d’informations, de textes et d’images entre les différentes cultures du pourtour méditerranéen.

Ce qui est en jeu c’est l’écriture d’une « histoire de nœuds et de lignes droites ». « Mer de communication », la Méditerranée est également « une mer de conflits » qui, depuis l’aube des temps, se caractérise par des affrontements de peuples et de communautés riverains.

Cela devient évident de manière accentuée au moment du grand essor des nationalismes et impérialismes européens quand la Méditerranée devient un mythe consubstantiel à la création de différentes identités nationales.

Ainsi, le terme de connectivité ne revêt pas seulement l’idée de communication mais aussi celle de conflit entre les mémoires et entre les imaginaires de différentes nations. Espace « bicéphale » par excellence, la Méditerranée, à la fois fragmentée et interconnectée, est formée par des relations ainsi que des lignes de forces qui créent une tension constante entre différents centre(s) et périphérie(s).

Afin d’envisager une “histoire croisée” de la Méditerranée, l’objectif principal est de développer des approches théoriques et d’entreprendre des études de cas qui permettent de penser le concept de connectivité de l’espace méditerranéen dans les diverses disciplines et, ce faisant, d’instaurer un dialogue inter- et transdisciplinaire convoquant aussi bien l’histoire, l’économie, le droit, la géographie, les lettres, les arts, les sciences de communication et de média et la philosophie.